Pourquoi une école Sudbury fonctionne-t-elle ? PARTIE 1/5 : Le jeu et la conversation (par Mimsy Sadofsky) 2


Avant-propos

Ce qui suit est issu d’une conférence donnée par Mimsy Sadofsky en mai 2000 à Harvard University, Graduate School of Education. La conférence entière est disponible sur CD sur le site de Sudbury Valley. La transcription ici traduite est aussi disponible en version originale sur le site de Sudbury Valley (ici).

Mimsy Sadofsky est une des fondatrices de l’école Sudbury Valley, qui sert de modèle à l’Ecole Autonome. Elle est actuellement toujours membre du personnel de l’école.
Je tiens à remercier les préposés aux relations publiques de Sudbury Valley School (Mimsy Sadofsky et Daniel Greenberg) pour leur aimable autorisation de publier mes traductions de leur blog ici.

Table des matières

NdT : Pour plus de lisibilité, j’ai découpé l’article en plusieurs parties. Je les publierai progressivement. Voici la table des matières de l’article complet. Je recommande chaudement de lire l’intégralité de l’article dans l’ordre.

PARTIE 1 : Le jeu et la conversation
– Le jeu
       – Le jeu : l’expression de la curiosité naturelle de chacun
       – Le but évolutionnaire du jeu : apprendre
       – Il est vital de jouer
       – La liberté de jouer est totalement stimulante
– La conversation
       – Le libre cours des idées : l’essence éducative de l’école
       – Pourquoi la conversation est-elle si importante ?

PARTIE 2 : Comment aider les enfants à se développer ?
– Ce que nous voulons pour les enfants
– Le rôle des parents : la confiance, toute la confiance ; la liberté, toute la liberté ; la responsabilité, toute la responsabilité
– L’apparent chaos de l’apprentissage profond

PARTIE 3 : Qu’est-ce qu’une école Sudbury ?
– La liberté d’exercer ses propres activités, dans un cadre multiâge
– L’espace, le temps et le matériel
– La démocratie participative
– La totale responsabilité des enfants pour leur propre éducation et pour leur communauté
– L’absence de condescendance et le libre cours des idées

PARTIE 4 : La démocratie dans une école Sudbury
– Le Conseil d’école
– Le système judiciaire
– Ce que signifie la démocratie dans une école Sudbury

PARTIE 5 : L’intégration au monde adulte
– Avoir un patron
– Aller à l’université
– Ce que les enfants sont certains d’apprendre via le modèle de scolarité Sudbury

L’article

1NdT : Les titres des paragraphes ne sont pas inclus dans l’article original. Je les ai ajoutés pour favoriser la lisibilité de l’article.

Ce qui suit est issu d’une conférence donnée à Harvard University, Graduate School of Education, en mai 2000.

J’aimerais commencer au milieu. Avant de parler des caractéristiques de base d’une école Sudbury, je voudrais parler de deux idées centrales qui ne surgissent même pas quand on parle de la plupart des modèles de scolarité et qui sont extrêmement important afin de comprendre pourquoi un enfant peut aller dans une école « libre » et quand même avoir une excellente éducation.

Le jeu et la conversation

Le jeu et la conversation. Ces deux choses sont différentes et pourtant totalement interconnectées. Le jeu, c’est ce que les gens font quand ils sont libres de faire tout ce qu’ils veulent. Et la conversation, c’est généralement ce que les gens font pendant qu’ils jouent ! Mais concentrons-nous un peu sur le jeu.

Le jeu

Le jeu : l’expression de la curiosité naturelle de chacun

Je n’ai pas dit que le jeu était ce que les enfants font quand ils sont libres de faire tout ce qu’ils veulent : j’ai dit que le jeu était ce que les gens font. Et c’est bien ce que je voulais dire. Quand je suis libre de jouer, je fais du vélo, je cuisine, je lis un livre, je me promène, je parle au téléphone, je rends visite à un ami, je tricote un pull, je regarde un film. Il se peut que je fasse beaucoup d’autres choses mais le fait est que je ne suis jamais à court de choses à faire. Et le fait est que mon esprit est impliqué dans toutes ces activités. Parfois, c’est à travers la contemplation ou en travaillant à réfléchir pour résoudre un problème. Occasionnellement, je vise l’acquisition d’information à travers l’expérience ou la recherche intellectuelle. On pourrait se dire que cuisiner est le genre de travail qu’on fait pour nourrir une famille, mais pour moi c’est une chance de m’impliquer dans une activité qui est créative et qui n’est pas frustrante ; c’est une activité créative sur laquelle j’ai beaucoup de contrôle. C’est de la résolution de problème avec une solution, contrairement à tant d’autres processus de réflexion que je suis (ou que vous suivez). Bien sûr, j’aime aussi manger donc… Mais l’essentiel est que tout ce que je veux faire est d’une manière ou d’une autre enrichissant.

Quand je choisis d’exercer des activités avec d’autres personnes, de jouer avec d’autres personnes, c’est en général parce que, aussi égoïste que ça puisse paraître, ces autres personnes m’intéressent. C’est-à-dire qu’elles diront des choses auxquelles je n’avais pas pensé auparavant, qu’elles partageront des informations que je n’avais pas auparavant, ou qu’elles me donneront un nouvel angle pour aborder un problème qu’elles (ou moi, ou quelqu’un d’autre) essayent de résoudre. Quand on trouve la personnalité de quelqu’un d’autre plaisante, on veut jouer avec cette personne, on veut interagir avec elle. Je trouve que l’e-mail est un complément merveilleux à ma vie, parce qu’il étend ma capacité d’interagir de manière quotidienne avec des personnes avec qui je ne parlerais que très rarement autrement, et j’en profite énormément. Ça m’ouvre une fenêtre sur un univers bien plus grand, et très différent de celui de mon journal quotidien ou des personnes que je vois tous les jours. Mais il est important de comprendre que pour moi, comme pour vous, c’est un univers personnel que j’ai choisi à cause de mes intérêts personnels.

La raison pour laquelle je parle tant de moi-même est que je sais que chaque jour je deviens un peu plus sophistiquée, expérimentée et compétente, à travers les activités que j’entreprends, même si ces activités ne sont pas conçues pour ça. Le développement personnel est petit résidu accidentel. Mais pas totalement accidentel. La raison pour laquelle je choisis mes activités est que chacun d’entre nous gravite naturellement vers les choses qui piquent notre curiosité, qui nous donnent des informations dans des domaines de notre propre intérêt personnel. C’est pour ça que je choisis les activités que je veux et pas les activités que quelqu’un d’autre veut. Je n’ai à m’inquiéter que de mon propre développement personnel. C’est juste que je ne m’en inquiète pas. La nature s’en occupe pour moi en m’envoyant vers les activités qui se sont avérées me donner satisfaction et stimulation. Je qualifie ça d’amusant, mais bien sûr ce dont il s’agit c’est d’élargissement intellectuel, et c’est ce qui fait que c’est amusant. Les choses qui sont exigeantes intellectuellement, tout en étant intéressantes, sont ce qui porte tous les êtres humains. Pas juste les adultes. Tout le monde.

J’envisage le jeu comme de la résolution de problème. C’est ça, un jeu. Et plus le jeu est complexe, plus les solutions peuvent être originales. Ce qui rend le jeu si excitant et si séduisant, c’est qu’on ne sait jamais comment ça va se finir. Jouer, ce n’est généralement pas juste faire quelque chose dont on comprend toutes les facettes. C’est faire une activité où on est ouvert à laisser de nouvelles choses se produire.

Le but évolutionnaire du jeu : apprendre

Il me semble que c’est la pulsion de jeu qui nous a mené où nous sommes aujourd’hui. Bon, cette affirmation peut être interprétée de beaucoup de façons différentes mais ce que je veux dire ici, c’est que le progrès qui nous permet d’être ici dans le confort d’une salle bien éclairée et chauffée ; qui me permet d’utiliser un ordinateur pour faciliter mon travail ; qui nous permet de prendre un vol pour partir en vacances dans des lieux lointains ou pour faire venir des gens de très loin pour parler d’idées qui nous intéressent ! Ces progrès trouvent tous leur origine dans le fait que des êtres humains sont allés toujours plus loin, en jouant avec de nouvelles idées.

Dès la naissance, chaque créature lutte pour acquérir des compétences dans des domaines qui l’intéressent. Généralement, il y a énormément de points communs entre les façons dont les êtres humains progressent. La plupart apprennent à s’asseoir, à ramper et à marcher. Tout le monde ne progresse pas exactement de la même manière mais toutefois suffisamment pour que nous soyons familiers avec les phases de la petite enfance. Mais pourquoi la plupart des enfants font-ils ces choses-là vers la première année ? Ils font ce qui leur vient naturellement, ils apprennent les choses dont ils auront besoin afin de continuer à se développer et devenir des adultes compétents.

Améliorer son esprit. Aspirer à devenir un membre fonctionnel de la société. C’est ce qui vient naturellement à l’espèce humaine. Et c’est de ça que je parlais par rapport à moi-même. Je n’y pense jamais. Et aucun bébé ne pense « Je serai un adulte avec un meilleur emploi et une plus belle voiture si j’apprends à parler le mieux que je peux ». Ils pensent peut-être « Si j’apprends à dire ce mot, peut-être que je peux leur faire comprendre à quel point il est important qu’ils me donnent un biscuit quand j’en veux un ». Ou peut-être pas. Peut-être qu’ils sont juste en train d’essayer comme ils peuvent d’imiter le comportement de leur grand frère, leur grande sœur ou leurs parents. C’est sans importance : on reconnait tous bien que ces ambitions sont ce dont sont faits les petits enfants. En fait, on est même souvent confronté à la difficulté d’essayer de restreindre cette ambition. C’est une des raisons pour lesquelles on est si content quand ils dorment ! Gérer leur éducation est usant. Mais vous n’y pensez pas non plus. La plupart d’entre nous ne pensent pas à éduquer nos nourrissons. On pense juste à leur éviter des ennuis et à répondre d’une manière ou d’une autre à leur incessante curiosité.

Je peux vous garantir que je ne pense jamais « Oh, j’ai un peu de temps libre : je vais faire un peu de recherche intellectuelle ». Jamais. Et je peux vous garantir qu’aucun enfant ne pense jamais ça non plus. Jamais.

Et c’est ça, je pense, que nous devons garder en vue à tout moment quand on pense à la liberté dans les écoles, notre vrai thème ce soir. Nous savons que nous jouons, même si nous utilisons rarement ce mot. Nous savons que les enfants jouent. Mais ce dont nous devons nous rappeler, c’est du but évolutionnaire supérieur de ce jeu : ils jouent pour apprendre à être des adultes ; nous jouons toute notre vie pour apprendre à être de meilleurs adultes ! C’est un continuum.

Il est vital de jouer

Ce qui m’amène à un des points importants que je voulais soulever : il est vital de jouer. Ce n’est pas juste vital quand on a trois ans. C’est vital toute la vie. Et j’irai plus loin : je dirai que les personnes les plus en contact avec leur propre capacité de jouer sont probablement celles qui s’ennuient rarement, et ce sont les personnes qui sont les mieux adaptées à la vie moderne, la vie au 21ème siècle, une vie qui est extrêmement stimulante, trépidante et dynamique.

Et c’est quelque chose qu’on trouve dans une école Sudbury. Des étudiants qui ne perdent jamais leur excitation quant à ce à quoi ils vont jouer après : à 6 ans, à 10 ans, à 16 ans ; ça ne doit jamais s’arrêter. Ils savent tous s’amuser. Ils grandissent tous en jouant tout le temps, et ça a un effet libérateur 2NdT : « empowering » et vivifiant sur eux et sur les personnes avec qui ils créent des relations.

Bien sûr, jouer avec des hochet n’est pas intéressant pour un enfant de 2 ans. Rouler avec un tricyle dans le jardin n’est pas intéressant pour un enfant de 8 ans. Jouer avec des poupées Barbie n’est pas intéressant pour un enfant de 14 ans. Lire les livres « J’aime lire »3NdT : « Bobbsey Twins » dans l’original n’est pas intéressant pour un enfant de 17 ans. Parce que constamment, à mesure qu’on franchit les étapes de la vie, on trouve des jeux de plus en plus sophistiqués. On ne peut rien y faire. On grandit et on devient plus malin. Chaque jour, on est exposé à et stimulé par des milliers de choses. On suit sa curiosité, on explore les choses qui nous attirent, et on met de côté les autres pour un autre jour ou une autre année ou peut-être jamais. Et finalement, on se trouve à jouer aux échecs plutôt qu’aux dames ; au bridge plutôt qu’au pouilleux. On peut se trouver à lire des vrais livres sur des événements historiques. Ou des événements contemporains. Pas des manuels mais des vrais livres écrits par des personnes qui sont intéressées par le sujet ! Et ces choses-là changent aussi. Une personne qui lit de la science fiction peut un jour trouver la physique ou les mathématiques excitantes. Une personne qui joue une chanson à la guitare peut un jour jouer de la flûte dans un orchestre symphonique.

Les personnes qui sont autorisées à suivre leurs propres intérêts se développent constamment. Tout tourne autour de cela. Il s’agit ici des progrès incroyables qu’on fait quand on est la personne qui décide de ce qui est amusant et qui le fait, sans être distrait constamment par l’idée que quelqu’un d’autre se fait de ce qu’on devrait être en train de faire.

La liberté de jouer est totalement stimulante

4NdT : Ce titre-là est d’origine. 5NdT : « empowering »

Bien sûr, la vie est souvent frustrante et jouer le jeu de la vie demande beaucoup de travail. Ce n’est pas facile de progresser du fait d’être une personne intéressée par l’éducation des enfants au fait d’être pédiatre ou psychologue. Il y a toujours beaucoup d’obstacles à franchir. Mais quand on permet à une personne de se développer de la manière prévue par la nature, tout ça n’a pas d’importance. Apprendre l’anatomie n’est pas, en fait, aussi difficile que maîtriser sa première langue, loin de là. Donc on part avec deux avantages quand on rencontre ces obstacles : le premier est que quand on atteint l’âge d’entrer à l’école, on a déjà beaucoup d’expérience avec le fait de faire des choses extrêmement difficiles ; le second est qu’en tant que tout petit enfant, on ne s’attend pas à ce que la vie arrête d’être difficile. Les obstacles sont en réalité excitants ; maîtriser de nouvelles situations est totalement excitant. Apprendre à quel point on peut travailler dur, encore et encore, c’est extraordinairement excitant. La concentration est tellement mobilisante qu’elle est souvent difficile à interrompre.

Et c’est là un autre aspect de tout ce truc avec le jeu. Un enfant qui peut passer des heures et des heures à faire des constructions de peut devenir architecte, ou pas. Mais il restera tel que la nature l’a conçu : excité par et attentif aux défis et au travail assidu.

Voici une citation d’un ancien étudiant de Sudbury Valley que j’adore répéter parce que je trouve qu’elle est très importante et qu’elle illustre parfaitement ce que j’essaye d’expliquer. Elle concerne l’exposition à de nouvelles idées, à de nouvelles façons de jouer :

« Tout le monde était extraordinairement mobile. Essayer de trouver un enfant à l’école, c’était comme chercher une aiguille dans une botte de foin. Une minute ils étaient là et la suivante ils étaient partis. La mobilité était une grande partie de ce qui différentiait l’école de n’importe quelle autre institution. C’est une chose que les gens ont vraiment du mal à comprendre. La mobilité et l’imprévu, ensemble, permettent de trouver les choses qui nous intéressent. On n’est pas bloqué quelque part. Dès qu’on s’ennuie, on file ailleurs et on trouve une autre chose qui nous intéresse, comme ça toute la journée on fait des choses qui nous excitent. Il se passe plein de trucs. Les autres enfants font des choses. Il y a des livres, des activités, des gens avec qui échanger des idées, donc on ne crée pas juste le monde tout seul à partir de rien. Il y a une partie qu’on crée et une partie dans laquelle on s’intègre. Une partie du plaisir de l’école a été de passer des parties entières de nos journées à marcher de pièce en pièce, à voir ce qu’il se passait dans chaque pièce avant de finalement s’installer et de décider de faire quelque chose dans un lieu spécifique. Si on s’ennuyait, on disait « Hé, allons voir ce qu’untel et untel sont en train de faire ». Et on passait une demi-heure à les chercher et à voir ce qu’ils étaient en train de faire. »

Donc je vais quitter le sujet du jeu pour le moment mais pas sans souligner à nouveau le dernier point. Les étudiants qui ont été libres de suivre leurs propres instincts sont constamment concentrés sur quelque chose ; généralement quelque chose d’un peu plus difficile que la dernière chose sur laquelle ils se sont concentrés. Ils sont conscients d’à quel point la vie est difficile. Ils ne s’attendent pas à ce que tout soit amusant instantanément. En fait, ils apprennent tandis qu’ils traversent l’enfance que les choses les plus amusantes, celles qui ont le plus de chances de les intéresser pendant le plus longtemps, sont celles qui sont les plus difficiles à atteindre.

Regardez quelqu’un dessiner. Je vois des enfants qui ont dessiné pendant de nombreuses heures par semaine, parfois même pendant de nombreuses heures par jour, pendant des années et des années. Ils n’ont pas nécessairement été mécontents de leur travail tandis qu’ils progressaient, mais quelque chose les a fait progresser, continuer de s’exercer, continuer de travailler leurs compétences. Ils ne s’attendaient pas à devenir fabuleux d’un jour à l’autre. Ils ne s’attendaient pas à ce que le talent remplace le travail assidu, seulement à ce que le talent, s’ils en avaient, intensifie leur travail assidu.

La conversation

Le libre cours des idées : l’essence éducative de l’école

La conversation. Je pense qu’on pourrait dire que je suis en train d’avoir une conversation à sens unique ce soir, essayant d’aider à faciliter la compréhension des raisons pour lesquelles nous sommes si convaincus que ce modèle d’éducation est stupéfiant d’excellence. À bien des égards, la conversation et le jeu sont les deux côtés d’une même médaille.

On laisse libre cours à la conversation dans les écoles Sudbury. La conversation est peut-être encore plus réprimée et freinée dans la plupart des autres cadres scolaires que le jeu. Le libre cours des idées est vraiment ce que nous visons en tout premier lieu à l’école, d’un point de vue éducatif. La capacité de formuler une pensée, la partager, la reformuler après avoir écouté sa propre contribution et celle des autres à cette pensée, c’est ce qui rend les enfants qui vont à ces écoles si impressionnants. Je dis souvent que notre école n’a plus besoin d’adultes. Bien sûr, j’espère que ce n’est pas vrai parce que j’aime mon travail et je ne voudrais pas le perdre, mais dans un sens c’est vrai. Ils n’ont pas besoin d’adultes pour découvrir et comprendre les choses à leur place. On découvre et comprend les choses avec eux. Et, comme les enfants de tous âges, nous servons de modèles qui, entre autres choses, découvrent et comprennent systématiquement de nouvelles choses ! Nous avons eu des débats au Conseil d’école par exemple – le Conseil d’école est l’assemblée hebdomadaire qui gère l’école, qui gère les questions qui surgissent de jour en jour et de mois en mois – lors desquels, en l’absence d’autres moyens d’identifier les orateurs, je pouvais vous dire lesquels avaient passé beaucoup d’années dans ce genre de cadre éducatif et lesquels y étaient novices. Pas parce que ceux qui sont ici depuis longtemps sont les plus fins intellectuellement sur tous les sujets, pas parce que ce sont les meilleurs enfants ou les plus âgés, mais parce qu’ils peuvent entendre un exposé subtil et compliqué et le comprendre dans son entièreté, et y apporter de réelles contributions basées sur leurs propres idées et expériences. Je vais répéter ça : le temps qu’un enfant a passé dans une école Sudbury vous dit beaucoup de choses sur leur capacité à entendre. Sur leur capacité à comprendre ce qu’ils entendent si c’est difficile à comprendre. Parce que c’est totalement lié à la façon dont ils ont passé leur temps : à parler et écouter. À découvrir et comprendre des choses. À résoudre des problèmes.

Pourquoi la conversation est-elle si importante ?

Maxim Zolotukhin / World Bank, via Flickr

Et s’il-vous-plaît soyez conscients de ceci : il n’y a pas de conversation insignifiante. Du moins pas dans ces écoles. Bien sûr, il y a des plaisanteries, mais ce n’est pas de ça que je parle. Les plaisanteries sont juste ce qui permet à la terre d’être assez fertile pour que les conversations se développent. La plupart du temps, les conversations sont extrêmement sérieuses et peuvent porter sur une énorme diversité de sujets, en effleurant certains et allant en profondeur dans d’autres. Ce sont des conversations entre des pré-adolescents jouant avec des cartes Magic. Ce sont des conversations entre des petites filles jouant avec des poupées Barbie ou avec des Beanie Babies. Vous pouvez détester les poupées Barbie mais je vous garantis que vous ne les détesteriez pas tant si vous pouviez être une mouche sur un mur et écouter les constructions mentales élaborées et partagées qui apparaissent autour d’un jeu de Barbies !

Alors, pourquoi est-ce si important ? A cause, en partie, du jeu. Parce que la conversation, c’est jouer avec des idées. Parce que la conversation, c’est partager ses idées avec les autres, ouvrir son esprit aux leurs, et entrer un peu dans leur esprit. Parce que la conversation forme et moule les idées. C’est un des moyens principaux que nous utilisons pour lier la connaissance des autres avec la nôtre. C’est le moyen que nous avons pour se connecter aux points de vue et manières de penser uniques des autres personnes. Donc, quand on entre en conversation, nous visons non seulement à faire passer nos idées auprès des autres, mais aussi à permettre à leur interaction avec nos idées de remodeler ce que nous pensons. Partager nos pensées améliore nos processus de pensée ; nous pouvons aussi construire des relations avec d’autres personnes en partageant des pensées avec elles ; nous en venons à mieux les comprendre et elles apprennent à mieux nous comprendre. Construire ce genre de relation semble être un besoin primaire des humains. C’est ainsi que nous nous sommes développés de manière à ne pas nous sentir seuls.

Et il semble aussi que la capacité à former ces relations, la capacité à facilement engager la conversation avec les autres et de tirer profit d’eux intellectuellement et émotionnellement, soit une capacité très importante à développer. Nous parlons tous de l’âge adulte comme de l’entrée dans le monde 6NdT : « going out there ». Eh bien, ça a beaucoup plus de chances d’être une bonne entrée dans le monde si vous êtes doué pour forger des connexions avec les esprits et idées des autres personnes. C’est un grand pas vers la réussite dans ce qu’on appelle le libre marché des idées !

Bien sûr, avoir développé votre capacité à bien communiquer est un outil extrêmement utile pour être capable de former des relations proches.

(Lire la suite : PARTIE 2 : Comment aider les enfants à se développer ?)

Mimsy Sadofsky
Traduction d’Antoine Guenet

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Notes   [ + ]

1. NdT : Les titres des paragraphes ne sont pas inclus dans l’article original. Je les ai ajoutés pour favoriser la lisibilité de l’article.
2, 5. NdT : « empowering »
3. NdT : « Bobbsey Twins » dans l’original
4. NdT : Ce titre-là est d’origine.
6. NdT : « going out there »

A propos de Antoine Guenet

Né en 1986. Père, musicien, professeur de musique depuis 10 ans, et beaucoup d'autres choses. Avec mon épouse Susan, j'ai décidé de lancer le projet d'ouvrir une école Sudbury de langue ouverte au centre de la Belgique.


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2 commentaires sur “Pourquoi une école Sudbury fonctionne-t-elle ? PARTIE 1/5 : Le jeu et la conversation (par Mimsy Sadofsky)

  • Eleonore

    « Ce sont des conversations entre des petites filles jouant avec des poupées Barbie ou avec des Beanie Babies. Vous pouvez détester les poupées Barbie mais je vous garantis que vous ne les détesteriez pas tant si vous pouviez être une mouche sur un mur et écouter les constructions mentales élaborées et partagées qui apparaissent autour d’un jeu de Barbies ! » :
    remplacer Barbie par « poupée », tout simplement, permet d’éviter de citer une marque qui donne du corps féminin un modèle irréaliste et inaccessible, et de se passer de la partie « Vous pouvez détester ».
    Et les garçons AUSSI jouent à la poupée, du moins s’ils ne sont pas entourés d’attentes et de modèles contraires, conscients ou inconscients