Pourquoi les écoles Sudbury n’essayent pas de changer le monde (par Scott Gray)


Avant-propos

Ce qui suit est un article de Scott Gray, publié sur le blog de l’École Sudbury Valley (l’article original est disponible ici) le 28 mai 2013.

Scott Gray est un ancien étudiant de l’École Sudbury Valley, actuellement membre du staff de l’école.
Je tiens à remercier les commis aux relations publiques de Sudbury Valley pour leur aimable autorisation de publier mes traductions des articles de leur blog, sur ce blog.

L’article

La plupart des éducateurs déclarent, comme étant l’un de leurs buts, un désir de changer le monde. C’est annoncé à grands cris comme étant un des buts des éducateurs depuis des centaines ou même des milliers d’années et c’est pratiquement un objectif structurant de l’éducation moderne. Les mots « changer le monde » sont utilisés dans les énoncés de mission d’écoles de tous niveaux et de toutes couleurs politiques et culturelles, et en particulier de facultés d’éducation. On nous dit que l’éducation réduira le taux de chômage. On nous dit que l’éducation mettra fin à la guerre.

On nous dit que l’éducation réduira la discrimination ethnique ou religieuse. On nous dit que l’éducation réduira l’inégalité salariale. On nous dit que l’éducation augmentera la productivité. Il est censé n’y avoir aucun problème humain réel ou imaginaire qui ne sera résolu – dans la génération suivante – si les enfants passent suffisamment de temps à l’école.

Les écoles Sudbury sont très focalisées sur l’avenir. Certaines personnes pourraient s’attendre à ce que les écoles Sudbury, tournées vers l’avenir, visent à changer le monde. Mais en réalité, les écoles Sudbury sont pratiquement les seules à n’avoir aucun désir de changer le monde. En revanche, elles se concentrent sur le fait d’être institutionnellement préparées pour l’avenir, plutôt que sur le fait de le changer. Elles se concentrent sur le fait de prendre soin des enfants, plutôt que sur le fait de les changer.

Pour qu’une école change délibérément l’avenir, elle doit délibérément changer ce que les gens choisissent de faire et comment ils choisissent de vivre. Quand des éducateurs essayent d’utiliser l’éducation pour changer l’avenir, ils doivent avoir des résultats finaux spécifiques à l’esprit quant à la façon dont ils veulent que leurs étudiants soient différents de la génération précédente.

Du point de vue d’un enfant, il y a un problème précis avec les adultes ou les écoles qui visent à changer le monde : si les adultes dans l’école se mettent en tête que je ne peux pas suivre naturellement leur prescription pour l’avenir, ils prendront des actions directes pour me contraindre, m’amener à, me séduire ou me menacer pour que je sois différent. C’est au cœur du modèle coercitif qui imprègne toute l’éducation hors de la scolarité Sudbury. Parce que ces autres écoles visent un résultat final pour chaque enfant, ces écoles doivent s’assurer que leur programme est bien suivi. Elles font cela avec la conscience tranquille parce qu’elles sont convaincues que changer le monde est plus important que me traiter humainement ou me respecter en tant que personne indépendante.

Les écoles Sudbury pratiquent le pluralisme. Tout type de personnes vient à l’école et tout type de personnes en sort avec notre amour et notre respect. Les écoles Sudbury fournissent des milieux sûrs et agréables pour grandir. Elles n’ont pas de finalités particulières à l’esprit quant à la façon dont ces personnes devraient grandir ; elles n’ont pas de programme.

Chaque jour, nous nous fions au génie naturel de nos étudiants à naviguer sur le monde des idées. Ils débattent d’idées, jouent avec, y réfléchissent et les étudient. Ils testent, acceptent et rejettent diverses idées. Ils construisent et testent des modèles du monde et des idées sur les façons de vivre leur propre vie. Loin de minimiser les différences entre les gens, le pluralisme permet à nos étudiants de se développer et de devenir toutes sortes de personnes différentes, et de développer un profond respect les uns pour les autres et pour ces différences.

Le pluralisme est une sorte d’humilité. C’est un état dans lequel chacun des membres d’une culture s’accorde à envisager la possibilité qu’il ait tort à n’importe quel sujet, peu importe à quel point il est certain d’avoir raison, afin de se voir octroyer le même respect par les autres dans la communauté. Un gouvernement pluraliste tente de ne pas prendre de décisions sur les sujets sur lesquels ils ne doit pas prendre de décision et tolère la dissidence sur tous les sujets – mêmes ceux qui ont été clairement décidés – tant que les règles promulguées par le gouvernement sont respectées.

En son cœur, toute tentative de changer le monde est politique parce qu’elle suppose d’une façon spécifique la façon dont le monde devrait être changé. Une communauté dévouée au libre marché des idées travaillera à la résolution des problèmes avant la génération suivante, mais elle ne prétendra pas à activement former ou changer celle-ci. C’est précisément la raison pour laquelle nos étudiants sortent d’ici capables de naviguer dans un monde en rapide mutation et capables de réagir et de changer le monde autour d’eux quand c’est nécessaire.

 

Scott Gray
Traduit par Antoine Guenet

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A propos de Antoine Guenet

Né en 1986. Père, musicien, professeur de musique depuis 10 ans, et beaucoup d'autres choses. Avec mon épouse Susan, j'ai décidé de lancer le projet d'ouvrir une école Sudbury de langue ouverte au centre de la Belgique.

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