Principes et Fondations (par les fondateurs de Sudbury Valley School) 5


Avant-propos

Ce qui suit est un extrait du livret And Now for Something Completely Different… : An Introduction to Sudbury Valley School, édité par Sudbury Valley School.

Je tiens à remercier les commis de Sudbury Valley School Press pour leur aimable autorisation de traduire et publier l’intégralité de ce livret sur ce blog.

L’article

Beaucoup de choses ont été écrites au sujet de la philosophie de l’éducation, du développement des enfants et de la structure sociale qui est à la base de l’école. Les deux courts articles suivants résument un bon nombre de ces considérations :

Peut-être que la façon la plus simple d’expliquer l’école est de vous dire ce que nous avons recherché et comment nous avons entrepris de l’obtenir. En fait, nous recherchions pas mal de choses différentes et nous avons découvert que toutes s’intègrent dans un seul tout unifié.

En ce qui concerne l’apprentissage et l’enseignement, nous voulions que les gens soient capables d’apprendre que ce qu’ils désiraient apprendre – ce qu’ils entreprenaient d’apprendre de leur propre initiative, ce qu’ils persistaient à apprendre et ce pour quoi ils étaient prêts à travailler dur. Nous voulions qu’ils soient entièrement libres de choisir leurs propres matériaux, livres et professeurs. Nous avions le sentiment que les seuls apprentissages qui comptent dans la vie se produisaient quand l’apprenant s’était dévoué à son sujet tout seul, sans avoir été persuadé, soudoyé ou qu’il se soit mis la pression. Et nous étions sûrs que les professeurs travaillant avec des étudiants avides, déterminés et persistants éprouveraient une satisfaction inhabituelle. En fait, nous pensions qu’un tel milieu serait un paradis tant pour les étudiants que pour les professeurs.

Afin d’être fidèles à nous-mêmes, nous devions nous éloigner de la notion de programme ou d’un projet inspiré par l’école. Nous devions laisser toute la volonté aux étudiants, et l’école devait être uniquement dédiée à répondre à cette volonté. L’entière responsabilité pour les activités de chaque personne devait reposer sur la personne elle-même et non sur quelqu’un d’autre en position d’autorité. C’est pourquoi nous n’avons jamais eu d’étude requise à quelque niveau que ce soit, jamais. Nous estimions que chacun, avec l’aide qu’il pourrait rassembler à l’école, pourrait découvrir lui-même ce qui était nécessaire ou non nécessaire de savoir afin d’arriver où il voulait dans la vie.

C’était étroitement lié aux traits de caractère que nous espérions favoriser à l’école. Plus que tout, nous voulions que les gens puissent éprouver la pleine signification de la responsabilité. Nous voulions qu’ils sachent ce que c’est d’être une personne responsable – pas seulement par les livres, discours ou sermons, mais par l’expérience quotidienne.

De notre point de vue, la responsabilité signifiait que chaque personne devait se prendre en charge elle-même. Toi, et toi seul, dois prendre tes décisions et vivre avec. Personne ne devrait penser pour toi et personne ne devrait te protéger des conséquences de tes actions. D’après nous, cela était essentiel si l’on veut être indépendant, auto-dirigé et maître de son propre destin.

La responsabilité individuelle implique aussi une égalité fondamentale entre tous. Toute autorité doit exister par libre consentement de tous les intervenants. Ce n’est rien de neuf, bien sûr – notre pays fut fondé sur ce principe. Pour nous, cela guidait notre action quotidienne.

Vous pouvez voir que beaucoup de concepts sont impliqués dans l’idée d’un individu responsable, et ils sont tous liés avec le fait d’apprendre l’art d’être une personne libre et indépendante. L’école que nous avions en tête devait être ancrée dans cette idée. Nous ne pouvions nous contenter de moins que l’entière responsabilité personnelle pour chaque personne, quel que soit son âge, ses connaissances ou ses accomplissements. Nous savions que les gens feraient des erreurs de cette manière – mais ils sauraient que leurs erreurs étaient bien les leurs et ainsi ils auraient plus de chances d’apprendre de ces erreurs.

Les traits de caractère que nous voulions favoriser feraient partie d’une ambiance générale dont nous espérions qu’elle imprègnerait l’école. Plus que tout, nous recherchions un milieu qui soit ouvert, honnête, fiable et exempt de peur. Notre objectif était d’avoir une école où personne n’aurait peur, du moins pas à cause que de quelque chose que nous faisions.

Soyons clairs sur ce que nous voulions et ce que nous ne voulions pas éviter. Nous ne voulions pas, par exemple, protéger nos étudiants de l’échec ; nous voulions qu’ils n’aient pas peur de l’échec. Après tout, l’échec est le meilleur de tous les professeurs. Un des meilleurs scientifiques du siècle a dit un jour que le secret de ses multiples découvertes était qu’il avait fait plus d’erreurs que qui que ce soit d’autre ! Nous avions le sentiment que des personnes saines trouveraient toujours des moyens de tirer profit tant de leurs échecs que de leurs réussites. Nous croyions que c’était une bonne chose de laisser les gens essayer tout ce qu’ils voulaient, qu’ils soient sûrs ou non de réussir, afin qu’ils soient préparés mentalement à affronter un défi inattendu ou à saisir une opportunité inattendue.

La peur du pouvoir et de l’autorité était une autre chose que nous voulions abolir de l’école. Nous n’étions pas préoccupés par le fait que des gens aient de l’autorité. L’autorité en soi peut être bonne ou mauvaise, cela dépend de beaucoup de choses. Certaines situations requièrent des personnes revêtant de l’autorité – un contrat d’apprentissage par exemple, ou une entreprise.

La question principale est de savoir comment les gens obtiennent leur autorité et comment celle-ci est contrôlée une fois qu’ils l’ont obtenue. On n’a pas peur d’une personne en position de pouvoir si on comprend pourquoi elle est là, si on a pu participer à l’y placer et si on peut maintenir un œil sur tout ce qu’elle fait. Ce dont on a peur, c’est de l’autorité arbitraire, l’autorité qui nous exclut de la participation, sur laquelle on n’a pas de contrôle. Nous étions déterminés à faire en sorte que personne dans l’école, étudiant ou staff ou parent ou invité, n’ait de raison de craindre l’autorité de qui que ce soit qui soit associé à l’école. Ceci, plus que tout, permettrait à une personne d’en regarder une autre droit dans les yeux, quel que soient son âge, son sexe, sa position, ses connaissances ou ses antécédents.

Nous avions aussi des sentiments clairs sur la façon dont l’école devrait être gérée. Elle devait être mise en place de manière à ce que chaque personne impliquée ait son mot à dire sur son fonctionnement et une voix dans toutes les affaires qui l’affectaient.

Pour nous, une forme de gouvernement démocratique était le meilleur moyen qui ait été inventé pour gérer les affaires humaines. Cela donne à chacun le plus de marge possible pour être indépendant et, en même temps, dans les affaires qui nécessitent une action conjointe, cela permet à chaque personne de prendre part à la prise de décisions. Winston Churchill a dit un jour que la démocratie est un mode de gouvernement déplorable, mais que tous les autres sont pires. Nous avions le sentiment que le type de démocratie populaire pratiqué dans les assemblées municipales de Nouvelle Angleterre depuis plus de trois-cents ans était en fait une bonne forme de gouvernement, difficile à battre. Le genre d’école que nous avions en tête serait entièrement organisé sur le modèle de l’assemblée municipale. Personne ne serait exclu.

Nous pensions que ça avait beaucoup de sens qu’une école soit gérée démocratiquement dans un pays où toutes les formes de gouvernement sont démocratiques. De la plus petite commune au niveau fédéral, toutes nos institutions ont été conçues pour être contrôlées démocratiquement d’une manière ou d’une autre. Nous nous sommes demandés pourquoi les écoles ne devraient pas être gérées de cette façon aussi et plus nous y réfléchissions, plus nous pensions qu’elles devraient l’être. Dans une école démocratique, les membres adultes de la communauté pourraient appliquer à l’école les mêmes critères de citoyenneté qui étaient d’application dans leur vie à l’extérieur. Et les enfants dans l’école pourraient être élevés dans les principes et pratiques qui constituent le mode de vie démocratique. Quand ils deviendraient adultes, la citoyenneté communautaire responsable serait naturelle pour eux, parce qu’ils l’auraient vécue depuis longtemps.

Quand nous avons dressé le bilan de toutes les choses différentes que nous recherchions dans l’école, nous avons découvert qu’elles revenaient toutes à une idée centrale plutôt simple, dont tout découlait naturellement.

L’idée était celle d’une école où chaque personne s’occuperait de ses propres affaires sans aucune interférence extérieure et où les gens gèreraient leurs affaires communes – les affaires de l’école – à travers une sorte d’assemblée municipale.

L’idée était aussi simple que ça et, dans sa simplicité, elle contenait l’idée d’apprentissage que nous recherchions ; elle favoriserait les traits de caractère que nous souhaitions faire ressortir ; elle incarnerait l’ambiance que nous recherchions ; elle aurait la structure que nous désirions.

Avant que l’école n’ouvre réellement, en 1968, beaucoup de gens disaient que nous étions des rêveurs, que notre vision de l’école était utopique. Mais maintenant, elle existe depuis des années et tout le monde peut le voir.

(About The Sudbury Valley School, 1976)

Le second article examine les caractéristiques essentielles de l’école, suivant la théorie selon laquelle Sudbury Valley n’est pas tant un départ radicalement nouveau qu’un retour à des principes éducatifs largement acceptés à travers la plus grande partie de l’Histoire.

Retour aux bases (cliquez ici pour le lire)

Sudbury Valley School
Traduit par Antoine Guenet

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A propos de Antoine Guenet

Né en 1986. Père, musicien, professeur de musique depuis 10 ans, et beaucoup d'autres choses. Avec mon épouse Susan, j'ai décidé de lancer le projet d'ouvrir une école Sudbury de langue ouverte au centre de la Belgique.


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5 commentaires sur “Principes et Fondations (par les fondateurs de Sudbury Valley School)

  • PIETTE Mona

    Bonjour,

    Je m’intéresse à votre école et à la Sudbury Valley School. Je viens de lire votre traduction de « About The Sudbury Valley School » et j’aimerais lire le second article mais je tombe sur une page d’erreur…

    Pourriez-vous me donner accès à cet article?

    Merci!

    Mona

  • Perrine

    Bonjour,
    Merci pour ce blog très riche et longue vie à l’école autonome!

    Je lis :
    « Notre objectif était d’avoir une école où personne n’aurait peur, du moins pas à cause que de quelque chose que nous faisions. »
    … et je m’interroge sur la manière d’assurer cela dans une école Sudbury.

    Concrètement, si j’ai peur d’une autre personne dans l’école, si sa manière de s’exprimer ou de montrer sa désapprobation m’inquiète et me pousse à agir d’une manière différente de celle avec laquelle je serais alignée, quel recours ai-je à ma disposition?
    Bien souvent il ne s’agit pas de « violence verbale », mais d’une attitude qui réveille en moi des inquiétudes, la peur d’être rejetée. Ma réaction est en fait personnelle, liée à mon histoire à moi. Comment poser le problème ? Le CJ serait-il compétent, à votre avis ? À mon sens il n’y a pas de règle vraiment transgressée. Et pourtant, l’objectif cité plus haut (une école où personne n’aurait peur) n’est pas atteint.

    Avez-vous des éléments de réflexion sur ce sujet? Merci d’avance!