Les jeux vidéo 6


Faire le choix de mettre son enfant dans une école Sudbury n’est pas sans difficultés et surtout pas sans peur. Clairement, c’est un processus qui s’accompagne de nombreuses confrontations, comme tout autre choix qui implique d’aller vers l’inconnu et de faire fi de la sagesse conventionnelle.

Une des peurs les plus fréquentes se résume dans une question récurrente, généralement posée avec un grain de panique dans la voix : “Mais… Et si il décide de passer son temps à jouer aux jeux vidéo ??!” (disponible en pleines majuscules et avec un nombre de signes de ponctuation potentiellement infini).

Je pourrais mentir et prétendre que ça n’arrive pas, que les enfants dans le cadre de l’école ont des intérêts strictement académiques et passent leur temps à résoudre des équations linéaires et à étudier les enseignements de Platon. Mais un enfant libre est un enfant qui joue. Pas que les intérêts académiques ne surviennent pas de manière spontanée, loin de là. Mais les jeux vidéos sont de toutes évidence populaires auprès des enfants comme des adolescents et il est logique qu’ils s’y adonnent avec joie. Mais pourquoi en est-il ainsi ? Et qu’est-ce que ça leur apporte ?

En tant que nouveau joueur de jeux vidéo, j’ai une perspective encore fraîche sur la question. Il y a à peu près six mois, alors que je n’avais plus touché une console de jeux depuis la Nintendo 64 (sortie en 1997), j’ai acheté une PlayStation 4. Autant dire que j’étais particulièrement nul à tous les jeux que j’ai essayé au départ. Mais la première chose que j’ai pu apprendre et approfondir, c’est la résilience et la persévérance. Les jeux sont souvent difficiles et posent des défis constants, mais quand on échoue, on peut réessayer. Dans les jeux d’action, ça m’a appris à gérer le stress. Il y a des jeux auxquels je n’arrivais simplement pas à jouer seul parce qu’à chaque confrontation, la panique me faisait perdre mes moyens. Mon petit frère, féru de jeux vidéo, m’a rendu quelques fois visite et s’est occupé de ces confrontations pendant que je l’observais. Petit à petit, j’ai appris à ne pas paniquer, que je pouvais toujours de toutes façons réessayer et m’améliorer. Ces mêmes jeux d’action – ceux qui sont tant critiqués pour leur extrême violence – m’aident à développer tout une série de compétences que je n’avais pas encore eu l’occasion de développer en toute sécurité. La prise de décision rapide, notamment, dans l’urgence. Quand vous êtes surpris par l’ennemi et qu’il vous faut subitement décider d’attaquer, de vous cacher, ou de fuir ; de l’arme la plus appropriée à la situation ; de la cachette la plus proche et la plus efficace ; de la direction de la fuite. Quelle est la meilleure stratégie dans ce cas de figure précis ? Vous avez une demi seconde ! Enfin l’orientation et l’observation sont clairement des qualités importante à développer pour la plupart des jeux. Les jeux modernes se déroulent souvent dans des environnements gigantesques et complexes, où chaque détail peut avoir son importance, où vous devez chercher des objets, utiliser votre mémoire afin de retenir le chemin que vous avez emprunté, l’aménagement général des différents lieux, et les commandes du jeu, qui doivent devenir naturelles pour le joueur (et sont différentes pour chaque jeu). Ainsi, comme dans le monde réel, on s’y crée des modèles, ce qui est à la base de tout apprentissage de son environnement et donc de la science en général.Quant aux raisons de jouer, elles sont nombreuses et peut-être évidentes. La liberté de décision et d’exploration qu’on accorde si rarement à nos enfants se retrouve presque totale dans ces jeux vidéo. Ils explorent ces mondes virtuels comme ils explorent le monde qui les entourent. Certains jeux sont extrêmement catalyseurs. Dans un monde où la guerre et le terrorisme sont sur toutes les lèvres, dans tous les journaux, une réalité quotidienne dans beaucoup d’endroits, dont le relai médiatique est inévitable pour tous, quel que soit notre âge ; il n’est pas étonnant qu’on y joue, aussi choquant que ça puisse paraître. Des récits de survivants de camps de concentrations durant la seconde guerre mondiale nous ont appris que les enfants s’y engageaient dans des jeux en lien direct avec leur dure réalité de ces camps de la mort :

“Dans un camp, ils jouaient à un jeu appelé “chatouiller le cadavre”. A Auschwitz-Birkenau, ils se défiaient les uns les autres de toucher la grille électrifiée. Ils jouaient à “la chambre à gaz”, un jeu dans lequel ils jetaient des pierres dans un trou et criaient, imitant les bruits de gens qui meurent. Un jeu de leur propre invention était basé sur l’appel quotidien du camp et s’appelait klepsi-klepsi, un terme commun pour “voler”. Un joueur avait les yeux bandés; un des autres s’en approchait et lui donnait un grand coup au visage; puis, avec le bandeau retiré, celui qui avait été frappé devait deviner, en se basant sur l’expression faciale ou d’autres indices, qui l’avait frappé. Pour survivre à Auschwitz, il fallait être expert en bluff – par exemple après avoir volé du pain ou avoir été mis au courant de plans de résistance ou de l’évasion de quelqu’un. Il se peut que Klepsi-klepsi eut servi d’entraînement pour cette compétence”.

Citation issue de Children and Play in the Holocaust: Games among the Shadows, de George Eisen (University of Massachusetts Press, 1990) (traduite de l’Anglais).

Il ne s’agit pas ici de comparer ici la réalité des enfants des camps de concentration avec celle des enfants occidentaux d’aujourd’hui, mais de mettre en évidence le lien entre le jeu et les observations quotidiennes des enfants, ainsi que son rôle de catalyseur. L’exception n’est bien sûr pas de mise en ce qui concerne les jeux vidéo de guerre.

Beaucoup de récits d’anciens membres d’écoles Sudbury, comme celui-ci, nous apprennent que leur période d’adaptation au modèle a été accompagnée d’une période intensive de jeu vidéo. Puis, ces jeux restant une part parfois significative de leur vie, ils s’en détachent toutefois progressivement alors qu’ils s’intègrent de plus en plus dans la communauté et se laissent attirer par multitude d’autres activités.

Au final, comme souvent, un jeu ne doit pas avoir de prétentions pédagogiques pour enseigner des compétences. Chacun fait son parcours et en lui accordant la confiance et la responsabilité de ses choix, il en tirera ce qu’il doit en tirer pour avancer, à son rythme, dans sa propre vie, qui clairement n’est pas un long fleuve tranquille mais un chemin fascinant et sinueux.

Antoine Guenet

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A propos de Antoine Guenet

Né en 1986. Père, musicien, professeur de musique depuis 10 ans, et beaucoup d'autres choses. Avec mon épouse Susan, j'ai décidé de lancer le projet d'ouvrir une école Sudbury de langue ouverte au centre de la Belgique.


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6 commentaires sur “Les jeux vidéo

  • Zoubida

    Bonjour à vous et merci beaucoup pour cet article. Je vous suis depuis peu, j’ai lu Libres Enfants de Summerhill (notamment), mes enfants sont dans une école Steiner-Waldorf, pédagogie passionnante (avec tout de même des petites choses qui me dérangent). Les autres pédagogies m’intéressent beaucoup aussi. J’aurais adoré que mes enfants aillent dans ces écoles où les enfants passent leur journée entière en forêt (qui n’existent pas en France). Je suis en pleine réflexion et je dois dire que l’idée d’école démocratique, autonome me plait énormément. Le seul aspect qui me titille vraiment pour l’instant, sur lequel je coince à chaque fois, ce sont justement les jeux vidéos. Libres, ne veut pas dire « libres sauf pour », je le sais bien. De même, j’ai bien compris l’intérêt pédagogique des jeux. Cependant je n’arrive pour l’instant pas à m’y résoudre, sachant ce que le fait d’être devant un écran longtemps peut faire aux enfants, surtout aux plus petits (la télé étant vraiment plus nocives). En tout cas, votre article me fait réfléchir. Merci beaucoup. Bonne continuation!

    • EcoleAutonome

      Bonjour Zoubida et merci beaucoup pour votre réaction.
      Je comprend votre crainte, d’ailleurs je pense qu’elle constituera bientôt le sujet d’un nouveau billet. Je pense que ce qui est central, quoi qu’on pense des jeux vidéos ou des écrans en général, c’est la confiance qu’on accorde à « nos » enfants. Quand quelqu’un reçoit la liberté et la confiance de prendre ses propres décisions, il en prend la responsabilité. Et certaines décisions seront nocives, d’autres pas, et au fur et à mesure on apprend. Mais on a la propriété de nos décisions.
      J’ai personnellement eu beaucoup de mal à lever mon contrôle sur le contenu et le temps de télé de ma fille (nous n’avons pas la télédistribution donc quand je parle de télé, je parle en réalité surtout de Youtube). Mais quelques mois après qu’on ait décidé de la laisser gérer ça elle-même, elle s’est mise à… parler parfaitement Anglais. Une des surprises de la liberté. On avait essayé de l’encourager à apprendre l’Anglais. Quand on est parti aux Etats-Unis rendre visite à la famille américaine de Susan, elle n’a pas parlé un mot d’Anglais. Et deux mois de dessins animés sélectionnés par elle-même sur Youtube ont impliqué beaucoup de contenu anglophone (de lien en lien…) qui l’intéressait, et voilà.
      Aujourd’hui, elle regarde encore pas mal la télé, mais en faisant d’autres activités en même temps, c’est comme un confort dans une période où beaucoup de choses ont changé dans notre vie et autour de nous.
      Quelqu’un commentait mon billet sur Facebook en partageant son expérience : son fils qui jouait beaucoup aux jeux vidéo et qui y joue moins depuis qu’il a le droit d’y jouer quand il veut…

      Les effets nocifs des écrans, ça fait partie de ces choses qu’on a tendance à mettre en évidence selon sa sensibilité. Végétarien, j’aurais envie de dire à ma fille de ne pas manger de la viande parce qu’il y a tant de raisons de ne pas en manger. Mais de la même manière que je ne prendrais pas cette autorité sur un autre adulte, je ne la prendrai pas sur ma fille. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne peut pas en parler, bien au contraire : « Tu sais, j’ai lu un article sur les méfaits des écrans, j’aimerais en parler avec toi parce que c’est un sujet qui me préoccupe… ». On est dans le dialogue, pas dans l’imposition.
      Si les écrans sont nocifs pour les enfants (ce que certaines études montrent et d’autres pas), le manque de confiance l’est bien plus. Comment un enfant peut-il oser vivre sa liberté, faire ses expériences, prendre ses responsabilités, sans cette confiance qui lui envoie ce message fort : « tu vas faire des erreurs mais ce seront les tiennes – tu es capable de prendre tes propres décisions – tu es un membre compétent de notre société »?

      Qu’on soit du même avis ou non, j’espère avoir fait un petit peu avancer le schmilblick 🙂
      Je pense que Susan ajoutera son grain de sel aussi, elle qui aura je pense quelques éléments à ajouter sur l’effet de la confiance sur le cerveau (elle est en train d’écrire un billet sur le sujet).

      Merci encore pour votre commentaire, votre soutien, votre partage et votre sincérité. Et me dire que l’article vous fait réfléchir est le plus beau des compliments 🙂

      Antoine

      PS : Je me rends compte que je n’ai pas précisé que ce dont je parle ne concerne bien sûr pas les bébés et enfants en bas âge (en-dessous de trois/quatre ans). Il me paraît évident de protéger un bébé des effets néfastes des écrans et de ne pas avoir recours à la télé-nounou…

      • Zoubida

        Bonjour Antoine et merci beaucoup pour votre réponse ainsi que pour les liens que j’ai lu. Je dois peut-être encore y réfléchir, relire et digérer. Je souhaiterais toutefois peut-être mieux définir mon questionnement vis à vis de cette problématique.

        Tout d’abord, je n’écarte pas le fait que si je me heurte à ce sujet mais qui pourrait être toute autre chose, vis-à-vis du plus vaste sujet de la confiance en mes enfants, voir de la liberté, cela viendrait d’un problème intime, d’une difficulté à lâcher prise (due aux habitudes, à la culture, au manque de confiance et donc au désir de prendre le pouvoir sur eux, une paresse, etc… ?).

        Je n’ai pas d’avis tranché sur la question en fait, bien que des décisions aient été prises à la maison (pas de télé et pas de jeux vidéo. Décisions qui pourront éventuellement évoluer, avec ma réflexion, celle de mon compagnon, avec un chemin intérieur aussi… à voir). Malgré tout, ou plutôt en attendant, ça me pose question.

        Je me rends compte que j’ai dit un peu rapidement que les écrans sont néfastes et peut-être que je me trompe et n’ai pas assez de recul à ce sujet. Cependant, en fin de réponse, vous avez écrit que vous ne parliez pas des enfants en bas-âge et de là part ma réflexion. Comment savez-vous que c’est néfastes pour les moins de 3-4 ans? Il y a donc une limite. Pourquoi la limite à cet âge-là et pas, par exemple à l’adolescence, où, comme le souligne un des articles que vous avez mis en lien, les jeux vidéos répondent à certains de leurs besoins?

        D’après ce que je sais de Rudolf Steiner (et malheureusement, je peux me tromper, je m’en excuse, mais finalement, on s’en fiche, c’est un élément de réflexion que je propose) dit qu’il y a des périodes pour chaque chose (variant un peu selon chaque enfant bien sûr). Avant 7 ans, c’est un temps où les enfants utilisent leurs forces intérieures pour développer les différents sens (pour lui il y en a beaucoup plus que 5, dont le sens de l’équilibre, etc) et développer leur corps, tout cela par le jeu libre. Les apprentissages ne sont donc pas proposés en maternelle, ce sont des jardins d’enfants, ce qui ne leur empêche pas d’apprendre des choses bien sûr. De même, il faut par exemple, introduire la grammaire à un moment ça peut leur être utile, car même dans leur corps, certaines parties qui font du lien dans leur squelette se rigidifient (cartilage etc.). C’est assez complexe et je ne connais pas assez. Bref, la question pour lui est de savoir en quoi un apprentissage peut être utile pour l’enfant dans son développement physique, psychique, spirituel etc (et pas comment faire entrer l’apprentissage dans la tête de l’enfant à coups de bourrage). Bon, c’est sa vision des choses, mais à part que ça me semble intéressant, pour lui, si ça n’intervient pas au bon moment, il y a des « conséquences » (c’est moi qui mets les guillemets, je ne sais pas quel terme il a utilisé). Un enfant qui n’a pas assez joué n’aura pas assez de forces disponibles pour les apprentissages. Si certaines choses n’ont pas été faites ou faites au mauvais moment, il y a même, selon les anthroposophes, des risques de maladies ou de difficulté dans le corps à l’âge adulte. De même si un enfant n’a pas été assez porté, et bien… je ne sais plus. Evidemment tout n’est pas automatique, un être peu se développer de façon harmonieusement d’autres façon ou retrouver un équilibre autrement.
        Montessori aussi, de façondifférente, pense qu’il y a des périodes sensibles et si l’enfant n’est pas respecté dans ses périodes sensibles, c’est possible de faire plus tard, mais plus difficilement.

        Dans ce genre de pédagogie plus respectueuse de l’enfant, désirant l’autonomie, désirant que l’enfant soit libre et aille à la rencontre de lui-même c’est tout de même l’adulte qui fait des choix pour lui (plus ou moins). J’aimerais que ça vienne plus des enfants. Mais tout de même nous faisons sans cesse des choix pour eux, tout d’abord pour qu’ils vivent, pour leur sécurité physique, affective, etc.

        Mon inquiétude est donc ici. Bien que je comprenne l’intérêt pédagogique des jeux, et votre billet ainsi que les autres liens m’ont bien aidé à « dé-diaboliser » et à changer mon regard, je crains que ce soit en dépit d’autres choses, en dépit d’un développement qui devrait peut-être (et là, ce sont des suppositions) avoir lieu à certains moments.

        Je ne sais pas si c’est très clair et voici un exemple peut-être plus simple: Le brossage de dent. Je ne suis pas sûre que si je laisse mes enfants prendre la décision de se brosser les dents ou pas, ils le feront. Même en expliquant les conséquences. Et si je décide d’accepter leur décision… et qu’ils ne se brossent pas les dents pendant des années, il y aura des conséquences physiques qu’ils ne voient pas à long terme. Il y a des choses, que je me vois faire par étapes, tout comme vous disiez pas avant 3-4 ans pour les jeux vidéos.

        Là où ça me titille c’est la question de savoir si l’enfant sait ce qui est bon pour lui, pour tout (pourtant, cette histoire de restreinte de la liberté pour la sécurité me donne la nausée). Et s’il se trompe sur certaines choses? S’il apprend à lire à 18 ans, ça me dérange moins, que s’il a des problème dentaires parce qu’il a décidé depuis quand, ses 2ans? Ses 4 ans? Ses 12 ans? de ne pas se brosser les dents…
        Et si les jeux vidéos, l’attrait de l’écran (j’ai compris que ce n’est pas la seule raison) ne se fait pas au détriment du développement du corps?

        Faut-il que je le laisse manger tout et n’importe quoi? Je lui propose un éventail de choses que nous avons décidé de manger ensemble, selon nos goûts, selon les siens mais aussi selon nos convictions, nos idées, de ce qui pourrait être à peu près « équilibré » et c’est lui qui décide s’il mange ou pas et combien. C’est déjà là un choix, une restriction quelque part. Où commence la restriction, où l’arrêter? A quel âge?

        Je ne sais pas si j’apporte quelque chose ou si je tourne un peu en rond. Je me demande si ce n’est pas un peu le même genre d’inquiétudes pour toutes les personnes qui s’intéressent à votre école au départ. Pourtant, malgré tout, je crois que si une école était à proximité, il y aurait de fortes chance pour que ce soit dans ce genre d’école que je voudrais que mes enfants soient, même si l’école Steiner leur apporte beaucoup. Enfant, j’aurais adoré être dans une école démocratique, j’en suis sûre!

        • Antoine Guenet Auteur du billet

          Bonjour Zoubida,

          Merci encore pour ce beau commentaire, plein de bonnes questions. Je m’en pose personnellement aussi par rapport aux bébés et enfants en bas âge, je ne sais pas si je devrais placer une limite parce qu’effectivement je ne me base pas sur grand chose pour le faire, si ce n’est ma propre peur. Je ne sais pas non plus si les écrans sont néfastes et dans une certaine mesure je pense qu’ils le sont. Mais c’est mon opinion. Et pourtant, les écrans font partie de notre société et ça reste la décision de chacun de les utiliser ou pas, mais ils sont inévitables. Mais je pense que ce n’est qu’une activité parmi d’autres et dans le cadre d’une école Sudbury, il y en a tant qu’ils sont rapidement délaissés (beaucoup en témoignent, comme je l’ai mentionné dans l’article). Et donc, comme toujours, je pense qu’il ne faut pas de coercition pour en arriver au résultat qu’on souhaiterait. Mais que s’il est souhaitable pour l’enfant et qu’il en comprend le but de lui-même, il y arrivera. La même chose pour le brossage des dents. Dans mon enfance je n’ai jamais eu besoin d’y penser, on me disait quand me brosser les dents et je m’exécutais. Une fois adulte et indépendant, l’habitude a été difficile à acquérir. Ma fille de cinq ans qu’on ne force plus, pense d’elle-même à se brosser les dents et trouve ça tellement important (et elle aime le faire : c’est rigolo, elle fait des blagues avec le dentifrice et elle aime le goût) que si elle a oublié de le faire quand elle est déjà au lit, elle se lève pour aller le faire. Bien sûr, elle nous voit nous brosser les dents donc elle voit que c’est quelque chose d’important, elle suit notre exemple. Et bien sûr, on a déjà parlé des raisons pour lesquelles on le fait. Il y a une différence entre le contrôle et la bienveillance 🙂 Je suis en train d’écrire un autre billet sur le fait de prendre ses propres décisions, la sécurité, et les restrictions. Pour moi, l’âge n’a rien à voir là-dedans. Nous sommes végétariens mais Ileana mange de la viande, elle n’a pas fait le même choix que nous. Nous essayons de discuter des courses tous ensemble… Je garde encore un contrôle sur la consommation de bonbons, ce que je pense laisser tomber bientôt, il n’y a pas de raisons… Mais je détaillerai tout ça, les raisons et nuances dans le billet qui arrivera bientôt.
          Quant aux idées de Steiner, soyons clair, ce n’a rien à voir avec Sudbury, et je préfère ne pas passer mon temps à détailler pourquoi je ne suis pas d’accord avec lui mais plutôt me concentrer sur ce que nous faisons. Mais je peux faire très court et dire que j’ai vu énormément d’enfants (dont ma propre fille) qui ne correspondaient pas aux définitions rigides des enfants par Steiner, ou à ses règles statiques sur les phases de développement (qu’on ne peut pas comprendre sans avoir suivi sa formation en anthroposophie et s’être adonné pendant plusieurs années à la méditation, dit-il). Je n’ai pas encore vu d’enfant qui ne puisse naturellement fonctionner dans la liberté, la confiance, la bienveillance et la responsabilité. A.S. Neill (Summerhill) et Dan Greenberg (Sudbury) non plus. S’il y a un moment naturel pour apprendre certaines choses, la seule chose logique à faire est de ne pas intervenir : c’est naturel! Notre espèce a pu se développer de la préhistoire jusqu’il y a peu sans école.
          Et j’aimerais terminer en réagissant à votre paraphrase de Steiner : « Un enfant qui n’a pas assez joué n’aura pas assez de forces disponibles pour les apprentissages ». Le jeu EST l’apprentissage! Je vous renvoie à Peter Gray à ce sujet : https://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/200901/the-value-play-iv-nature-s-way-teaching-us-new-skills
          Et tant qu’on y est : https://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/201404/risky-play-why-children-love-it-and-need-it
          🙂

          Quoi qu’il en soit, merci pour votre commentaire, vos questions, c’est constructif!
          Et si vous voulez continuer d’explorer, je vous invite à vous inscrire à notre Newsletter, si ce n’est déjà fait. Nous allons y annoncer bientôt notre première réunion ouverte (27 ou 28 février, en Brabant-Wallon). Nous pourrons discuter, c’est très informel.

          • Zoubida

            Merci Antoine pour votre réponse. C’est très intéressant, et ça me met en éveil tout ça. Je laisse mijoter, reposer. Je lirai votre prochain billet avec grand plaisir. (Tous vos billets sont relayés sur Facebook, et je me suis inscrite à tellement de newsletters que je ne les vois plus). Malheureusement, je suis loin de votre école, en France 🙂 Je vous souhaite qu’elle soit pleine de belles rencontres enrichissantes pour chacun.

  • EcoleAutonome

    Je savais en écrivant le billet que je n’étais pas exhaustif. Et forcément depuis je n’arrête pas de penser à toutes les choses que j’ai délaissées.
    Pour aller plus loin, voici déjà trois bonnes ressources :
    https://www.psychologytoday.com/blog/media-spotlight/201402/are-there-benefits-in-playing-video-games
    https://www.psychologytoday.com/blog/freedom-learn/201202/video-game-addiction-does-it-occur-if-so-why
    http://psychologik.blogspot.be/2016/01/les-enfants-aiment-les-jeux-video-parce.html